Category: Où boivent les loups

jan 11 2011

2011, l’invention du monde

L’INVENTION DU MONDE est le film mythique réalisé en 1952 par Michel Zimbacca et Jean-Louis Bédouin sur des commentaires de Benjamin Péret.

A l’occasion de sa sortie  en DVD, les éditions CHOSES VUES et la librairie Le Flâneur des deux rives organisent :

Acte I

Jeudi 13 janvier 2011 de 18h à 21h, autour d’un verre, la présentation du DVD et la diffusion d’archives inédites sur Jean Benoît et Mimi Parent.

Acte II

Du mardi 1er au samedi 26 février 2011, une exposition de documents, revues, livres et photographies sur les surréalistes et leur rapport au cinéma.

Où ?

Librairie-galerie Le Flâneur des deux rives

60, rue Monsieur-le-Prince 75006 Paris
Métro Cluny-la Sorbonne. RER Luxembourg
Du mardi au samedi de 11h à 19h30 et le dimanche de 14h à 19h
Tél. 01.46.33.45.52 - Mail : leflaneurdes2rives@orange.fr

CONTACT

Choses Vues - éditions vidéo

Tél. 01.73.73.88.43
contact@choses-vues.com
www.choses-vues.com/blog/

L'invention du monde

jan 01 2011

Des collages immédiats

Laure Missir au Flâneur des deux rives

Laure Missir au Flâneur des deux rives

* DERNIÈRE MINUTE : PROLONGATION JUSQU’À FIN JANVIER

Débuter 2011 sans voir les nouvelles expositions des collages de Laure Missir, ce serait folie! Jusqu’au 8 janvier * la vitrine et les murs de la librairie-galerie Le Flâneur des deux rives lui sont consacrés, ainsi qu’à la naissance d’une nouvelle maison d’édition : Les Deux corps.

Le Flâneur des deux rives
60, rue Monsieur-le-Prince
75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h30 et le dimanche de 14h à 19h
Tél. 01.46.33.45.52

En complément, des collages de la même bouillonnante personne sont à voir à la galerie Les Yeux Fertiles jusqu’au 20 janvier.

exposition-aux-yeux-fertiles

Bonne année 2011 à tous ceux qui voient - Condoléances pour les autres.

août 22 2010

Jean Benoît (1922-2010)

Il était la vie même. Cet adorateur des lieux communs, dérision de toutes les prétentions, n’aurait peut-être pas fait sien celui-là , et pourtant il l’aura incarné comme peu osent le faire. Jean Benoît était la vie même, dans tout ce qu’elle a d’extrême, de pervers, de raffiné, de violent, d’amoureux, de ténébreux, d’inventif. Il avait, très jeune, pris le parti d’Eros, adopté le précepte de Sade « Tout ce qui est excessif est bon », avait l’art de se rendre insupportable à ceux qui l’aimaient parce qu’il incarnait l’amour, l’amour sous toutes ses formes. Pas étonnant qu’il soit devenu l’un des compagnons préférés d’André Breton, après avoir attendu dix ans avant d’oser le rejoindre. Il ne voulait pas arriver les mains vides dans ce surréalisme auquel il apportera un savoir-faire prodigieux. Formé à l’école des Beaux-arts de Montréal, il délaissa très vite la peinture picturale pour créer des objets dont la matière même reflétait sa façon d’être et de penser. Cest ainsi qu’il mit en œuvre le testament du marquis de Sade, chez Joyce Mansour, en décembre 1959. Pour ce faire il réalisa masques, costumes et outils divers jusqu’au fer constitué des quatre lettres formant le patronyme du célèbre marquis au nom duquel il se brûla la poitrine.  Sous le titre Enfin Jean Benoît nous rend le grand cérémonial, André Breton salua ce geste insensé et la démarche qui y aboutit.

Toute sa vie, qu’il ne supportait pas de vivre sans passion, Jean Benoît resta à l’écart du monde artistique, lui préférant les imprécations de Lautréamont, les œuvres les plus obscures d’Alfred jarry, les poèmes d’Arthur Cravan, les utopies de Charles Fourier, les objets océaniens qu’il savait réparer et regarder comme nul autre. Il fit d’ailleurs plusieurs voyages en Nouvelle Guinée et alentours. Force de la nature à qui ne faisaient peur que les turpitudes de notre civilisation, il se plongeait dans les eaux les plus froides comme on s’enfonce dans un rêve. Ses mains puissantes ont tissé d’incroyables objets, ses marottes, comme autant d’emblèmes à la beauté et à la complexité de la vie, mêlant os de poulet et élytres de coléoptères à une pâte dont il gardait jalousement le secret de fabrication, et qui adoptait les formes les plus subtiles, les plus inouïes. Etre unique dans un monde voué à la multitude, n’aimant rien plus que la compagnie des femmes, il avait aussi le goût des mots qui disent vrai, le vrai de leur vérité, le vrai de leurs jeux infinis, le vrai de son désir. Un jour, peut-être, on les retrouvera sur ces rouleaux de bord qu’il a tenus tout au long de ses expéditions amoureuses, qui furent nombreuses, intenses et créatrices. Surréaliste qui n’aima guère, en peinture, que Grünwald, le douanier Rousseau et, plus curieusement, Bonnard, Jean Benoît n’a consenti qu’à une seule exposition personnelle, en 1996, à la galerie 1900-2000. N’y figurait pas son hommage au nécrophile Bertrand : surmontée d’une fraise de tombes, la cape de son “costume” couleur d’entrée de caveau portait dans son dos l’inscription « Mort, la vie te guette ». Vexée, la mort a pris sa revanche le 20 août 2010, une semaine avant les quatre-vingt huit ans de celui qui ne la considérait pas d’un si mauvais œil. Ses cendres seront dispersées au gré du vent salubre.

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François-René Simon

mar 01 2010

«Nadja, je n’ai vu que toi peut-être»

Cette dédicace, sur Légitime défense, d’André Breton à Nadja est la seule que l’on connaisse. Pourtant, le 5 octobre, à sa demande (« Elle aimerait lire un ou deux livres de moi et y tiendra d’autant plus que sincèrement je mets en doute l’intérêt qu’elle peut y prendre. La vie est autre que ce qu’on écrit ») Breton lui a apporté les Pas perdus (« mais il n’y en a pas », lui- répond-t-elle) et le Manifeste du surréalisme. «Le rapport des couleurs entre les couvertures des deux volumes l’étonne et la séduit ». Dans une de ses dernières lettres à Breton, le 20 janvier 1927, Nadja fera référence à Clair de terre (« tu aurais mieux fait de l’intituler « Eclair de mes traits ») sans en citer le titre. On ne sait ce que sont devenus ces livres, et si Breton les lui avait dédicacés. On ignorerait peut-être encore l’existence de l’exemplaire de Légitime défense ainsi dédicacé - et de quelle manière ! - s’il n’avait pas été acquis, avec d’autres documents (surtout des dessins), directement d’une des petites filles de Léona Delcourt par le collectionneur qui, en 2002, a accepté de les prêter au Centre Georges Pompidou pour l’exposition la Révolution surréaliste. Une pièce entière leur était consacrée, à l’écart. Cette dédicace est reproduite dans le catalogue ainsi que de nombreux autoportraits de Nadja, ses portraits de Breton et diverses notes, dont l’une en date du 7 octobre. Elle est signée « André Breton », et non simplement « André ».

Il me semble qu’elle pourrait renvoyer aux pages 119 et 120 (dans l’édition de 1928) du livre, où Breton relate le plus précisément possible ce qui s’est passé le 7 octobre. Nous sommes en 1926. Légitime défense est une brochure modeste - au moins quand à sa présentation- au contenu essentiellement politique, alors que la question politique est totalement exclue de Nadja. L’ achevé d’imprimer - pour les « Editions surréalistes » dont l’adresse,16 rue Jacques Callot, est aussi celle de la « Galerie surréaliste » - est en date du 30 septembre. A l’exception d’une  rapide allusion à « l’appel au merveilleux » et des toutes premières lignes, qu’il convient de rappeler : « Du dehors au-dedans, du dedans au dehors, surréalistes, nous continuons à ne pouvoir témoigner que de cette sommation totale et pour nous sans exemple en vertu de laquelle nous sommes désignés pour donner et pour recevoir ce qu’aucuns des hommes qui nous ont précédés n’ont donné ni reçu, pour présider à une sorte d’échange vertigineux, faute duquel nous nous désintéresserions du sens de notre vie, ne serait-ce que par paresse, par rage et pour laisser libre cours à notre débilité. » Légitime défense semble encore moins susceptible d’intéresser une lectrice comme Nadja  que Les pas perdus ou le Manifeste du surréalisme (et sans doute ne l’a-t-elle pas lu), mais sert à Breton à lui faire passer ce message :

Nadja, Je n’ai vu que toi - peut-être.

« Toute la matinée, aussi, je me suis ennuyé de Nadja, reproché de ne pas avoir pris rendez-vous avec elle aujourd’hui. Je suis mécontent de moi. Il me semble que je l’observe trop, comment faire autrement ? Comment me voit-elle, me juge-t-elle ? Il est impardonnable que je continue à la voir si je ne l’aime pas. Est-ce que je ne l’aime pas ? Je suis, tout en étant près d’elle, plus près des choses qui sont près d’elle. Dans l’état où elle est, elle va forcément avoir besoin de moi, de façon ou d’autre, tout à coup. Quoi qu’elle me demande, le lui refuser serait odieux tant elle est pure, libre de tout lien terrestre, tant elle tient peu mais merveilleusement à la vie. Elle tremblait hier, de froid peut-être. Si légèrement vêtue. Il serait impardonnable aussi que je ne la rassure pas sur la sorte d’intérêt que je lui porte, que je ne la persuade pas qu’elle ne saurait être pour moi un objet de curiosité, comment pourrait-elle croire, de caprice. Que faire ? Et me résoudre à attendre jusqu’à demain soir, mais c’est impossible. Que faire tantôt, si je ne la vois pas ? Et si je ne la revoyais plus ? Je ne saurais plus. J’aurais donc mérité de ne plus savoir. Et cela ne se retrouverait jamais ». Mais « cela » se retrouve quelques heures plus tard, le même jour, au hasard (page 123) :

« Soudain, alors que je ne porte aucune attention aux passants, je ne sais quelle rapide tache, là, sur le trottoir de gauche, à l’entrée de la rue Saint-Georges, me fait presque mécaniquement frapper au carreau. C’est comme si Nadja venait de passer. Je cours, au hasard, dans une des trois directions qu’elle a pu prendre. C’est elle, en effet, que voici arrêtée, s’entretenant avec un homme qui me semble-t-il, tout à l’heure, l’accompagnait… »

Nadja

je n’ai vu que toi

peut-être

André Breton

Dominique Rabourdin

déc 10 2009

Les dits peints d’Yves Elléouët

De deux ans le cadet de Jean-Pierre Duprey, Yves Elléouët (1932-1975) exemplifie avec lui, Rodanski et quelques autres le “ deuxième souffle ” que trouva le surréalisme dans la France de l’après-guerre, comme seule direction enviable où pût s’orienter “ le génie de la jeunesse ” au sortir d’une “ Libération ” promise et aussitôt volée. Exigeants et pressés, ces jeunes gens se satisfaisaient rarement de leurs extériorisations du moment, et passaient sans retard à d’autres réalisations, voire à d’autres modes d’expression ou d’exploration d’eux-mêmes. De ce point de vue, Elléouët fut peintre et poète dans le même esprit que Duprey fut poète et créateur d’étonnantes sculptures, évoquées récemment par François-René Simon dans ces colonnes[1].

Cette communauté d’esprit ne rend que plus sensibles des diversités de tempérament interdisant de prolonger un tel parallèle, rompu du reste par le suicide de Duprey en 1959. Nombre de ses amis se sentirent alors frappés de mutité poétique ou même hantés par le spectre de l’ ” à quoi bon ? ”, autrement plus dangereux que la simple “ crise de vers ”. Tel ne fut pas le cas d’Elléouët, peut-être parce qu’il était devenu l’époux d’Aube, et de la sorte le gendre de Breton (quant à lui habitué de longue date à conjurer les désespoirs). À côté de ces aspects bénéfiques, cette “ position sociale ” de beau-fils semble l’avoir retenu de s’extérioriser davantage ou même d’imaginer d’autres attitudes qu’un prudent retrait, notamment lors des crises qui secouèrent le groupe surréaliste parisien après la mort de Breton. À une enquête sur le devenir du surréalisme ouverte dans ce même contexte, il répondait qu’il avait “ toujours vécu dans l’esprit surréaliste, bien avant de connaître personnellement André ” mais que sa situation “ marginale depuis des années ” lui imposait de continuer à “ suivre dans cet esprit [sa] voie singulière ”.

Une illustration dans le Surréalisme, même en 1957 (n°3), une exposition de “ fresques ” (peintures sur ciment) avec Pierre Jaouën à la Cour d’Ingres en février 1959, un objet et une huile sur toile à l’Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme (EROS) en décembre de la même année, avec quelques notices sous sa signature au catalogue, le “ numéro zéro ” de La Proue de la table, “ journal rédigé par Yves Elléouët et illustré par Calder ”, belle série de poèmes que publia François Di Dio au début de 1967,  voilà à quoi se résumait la partie visible des recherches et expérimentations du peintre et poète, jusqu’à la parution du fabuleux Livre des rois de Bretagne en 1974, suivi un an après sa mort de celle de Falc’hun (1976), récit non moins étourdissant. À ces titres venait s’ajouter en 1982 Tête cruelle et autres poèmes, “ ultime recueil qu’Yves Elléouët destinait à la publication ”.

Aucun de ces deux “ romans ” (ainsi que l’éditeur tint à cataloguer ces récits poétiques) ne reçut l’accueil mérité, noyés qu’ils se trouvaient dans un flot de littérature “ à la mode de Bretagne ” dont les best-sellers furent, parmi d’autres, Le Cheval d’Orgueil de Pierre Jakez Hélias (1975) et les livres à répétition(s) de Jean Markale, encore à cette époque compagnon de route des surréalistes. La veine à la fois rabelaisienne et épique de ces grands dits, ce qu’ils doivent à l’admiration de leur auteur pour l’Ulysse de Joyce et sans doute aussi pour René Crevel et Maurice Fourré (sans parler de Jarry l’adulé), tout cela passa inaperçu. On ne comprit pas qu’au rebours des “ celteries ” passéïstes et druidisantes alors en vogue, le triporteur de Falc’hun (sans doute une Harley-Davidson en version militaire, surplus de la Deuxième Guerre mondiale) prolongeait jusqu’en plein xxe siècle le tournoiement des triskèles marquant les monnaies gauloises. Le vent de ces spires affolées sera toujours sensible à ouvrir ces livres injustement oubliés.

peinture sur ciment

peinture sur ciment

À ces “ dits ” remarquables (jusque dans les “ conneries ”, titre d’une section de Tête cruelle), s’ajoutent des toiles, gouaches, aquarelles, dessins et gravures visibles encore quelques semaines grâce à l’exposition que leur consacrent le musée des beaux-arts de Quimper (19 juin-14 septembre 2009) et le château de Tours (6 novembre 2009-10 janvier 2010). De cette manifestation bientôt close subsistera un fort élégant catalogue[2] restituant avec précision les principales étapes de la “ voie singulière ” d’Elléouët en tant que plasticien. Cette publication est précieuse à beaucoup d’égards, mais il est frappant que les contributions qu’elle réunit se cantonnent à des célébrations de l’ébouriffant conteur et poète : si la plupart sonnent juste, elles restent respectueusement (ou prudemment) à la porte de son œuvre graphique, sujet même de l’ouvrage et de l’exposition. Sauf à parler de “ discontinuité ” comme écrit J. Chénieux-Gendron à propos des seuls récits, quels fils suivre entre les dessins de presse, les “ symboles ” des premières œuvres connues évoquant les univers de Brauner, Paalen, Lam ou Miró, et les “ ambiances ” paysagères des toiles des dix dernières années, qu’un spectateur pressé attribuerait facilement à quelque Nabi ?

“ Pays de la pluie et du vent ; convives inlassables aux deux bouts de la table ”, voilà sans doute ce qu’exaltent ces toiles, selon une page (260) du Livre des rois de Bretagne qui semble également définir la totalité des dernières créations d’Elléouët, “ l’ivre de Bretagne ” : “ Je suis une suite d’anecdotes qu’éclairent parfois les vieux ors des bannières brandies par des mains ressuscitées ; comme réapparaissent ces visages, depuis longtemps effacés du monde tangible, grâce à un faisceau lumineux traversant une plaque de verre ’sensibilisée’ et qui les révèle sur la surface idéale d’une feuille de papier ; là, se concentrent également les forces de l’imagination et de la mémoire. ” Des correspondances similaires sont sûrement à relever entre les poèmes de La Proue de la table et les œuvres graphiques du début des années 60.

Pour ses premières œuvres connues, de loin les plus énigmatiques, sa discrétion coutumière lui avait fait confier le résumé de “ sa propre interprétation ” à Nanos Valaoritis, qui écrivait ainsi à propos de la “ fresque ” sur ciment intitulée “ Le Voyage ” (ci-contre) : “ Les cornes sont le ciel. Le corps est la terre. Un personnage est visible au milieu, et deux cercles noirs et blancs. Il va vers la porte et disparaît. Le serpent, signe de la terre, et la barque. C’est aussi la mer. C’est l’homme à tête de Vache. Il symbolise le monde. ” Rétrospectivement, ces phrases datant de 1959 (et que le catalogue aurait gagné à reproduire), mettent en évidence non seulement “ une série d’intersignes annonciateurs d’un avenir en état de gestation ”, comme ajoutait Valaoritis, mais encore toute la continuité de l’œuvre écrite et peinte d’Elléouët, très certainement à reconsidérer aujourd’hui dans sa totalité.

Gilles Bounoure


[1] Dans les colonnes de la revue Ça presse à laquelle cet article est originalement destiné. (NDE)

[2] Yves Elléouët, sous la direction d’André Cariou, éditions Coop-Breizh, 2009. 152 pp., 135 œuvres reproduites, une soixantaine de documents, annexes, bibliographie. 35 euros. Textes originaux de Jacqueline Chénieux-Gendron, Alain Irlandes, Marc Le Gros, Renée Mabin, Michel Pierson, François Rannou, Yves Vadé.