« LA VIE EST AUTRE QUE CE QU’ON ÉCRIT »
Une première version de ce texte a été publiée en septembre 2009 par Max Schoendorff dans le numéro 42 de la revue lyonnaise …Ça presse… Après cette publication, j’ai continué à y travailler en suivant et vérifiant d’autres pistes. Mon sujet n’est pas tant, bien sur, la très contestable biographie de « Nadja » publiée avant l’été sous le titre « Léona héroïne du surréalisme » par Hester Albach que le livre de Breton dont je n’arrivais plus à me détacher. J’ai donc précisé certaines de mes approches et fait quelques corrections, ne serait-ce que pour éviter la confusion entre l’héroïne, « Nadja », dont j’ai mis systématiquement le prénom entre guillemets,et le livre d’André Breton, Nadja, toujours en italiques, comme il se doit.
« Ne touche-t-on pas là au terme extrême de l’aspiration surréaliste, à sa plus forte idée limite», écrit Breton à propos de la « façon de vivre » que vient de lui révéler celle qui se fait appeler « Nadja » ? Très au-delà de la fascination qu’il ne cesse d’exercer, du trouble où il nous jette et de l’émotion qu’il procure, le grand livre qui relate sa rencontre avec cette femme pose des questions fondamentales : Celle de l’identité, avec son fameux « Qui suis-je ? » inaugural, celle de la folie, celle de l’écriture, celle du réel. Dans ses notes pour les Œuvres complètes, Marguerite Bonnet a souligné à juste titre l’inquiétude de cette phrase rajoutée par Breton sur épreuves, le livre terminé : « La vie est autre que ce qu’on écrit ». Dans son AVANT-DIRE (daté « Noël 1962 ») à la réédition de 1963, pour expliquer son désir, trente cinq ans après, de retoucher son texte, Breton pose les points sur les i : « Il convient (…) de faire la part, en bien ou en mal venu dans celui-ci, de ce qui se réfère au clavier affectif et s’en remet tout à lui - c’est, bien entendu, l’essentiel - et ce qui est relation au jour le jour, aussi impersonnelle que possible, de menus évènements s’étant articulés les uns aux autres d’une manière déterminée ». Gracq avait pu, à juste titre, parler de « la forme stricte d’un procès-verbal qui ne laisse aucune place à la transposition romanesque ». Ce qui n’a pas l’air de troubler la romancière néerlandaise Hester Albach qui, dans son livre sur l’identité de « Nadja », Léona héroïne du surréalisme, qui est d’abord une biographie, mais une biographie avec des éléments fictionnels, n’hésite pas à contester la réalité des faits, la réalité de certains de ces « menus évènements » contenus dans le récit de Breton. Mais pas pour les mêmes raisons : Breton doute de la réalité de ce qui est « indicible » mais qu’il doit bien décrire : pour lui la vie se fige dans l’écriture (« plutôt la vie », et « la beauté sera convulsive »), alors que la romancière veut voir un roman dans ce qui est un récit, à la première personne, d’une rencontre qui a bouleversé la vie du fondateur du surréalisme et de cette femme qu’il vient de rencontrer et qui l’a fasciné, rencontre qu’il cherche à relater aussi fidèlement, aussi objectivement que possible. Si Nadja est un livre sublime, c’est parce que Breton - qui a publié peu auparavant son Manifeste du surréalisme et une Introduction au discours sur le peu de réalité - a voulu s’approcher au plus près de la réalité. C’est le trahir, et avec lui cette femme qui a choisi de se faire appeler « Nadja », que de vouloir y voir un « roman ». « Nadja » ne peut en aucun cas être une héroïne de roman : si elle n’était qu’une invention, elle ne saurait nous intéresser. Encore moins nous bouleverser. C’est la réalité - la surréalité, ce qui ne veut pas dire la fiction («Tout ce que j’aime, tout ce que je pense et ressens, m’incline à une philosophie particulière de l’immanence d’après laquelle la surréalité serait contenue dans la réalité même, et ne lui serait ni supérieure, ni extérieure», écrira-t-il dans Le surréalisme et la peinture) - qui est magnifique.
Alors qu’il « persiste », selon ses propres termes, à « réclamer les noms », Breton choisit dans ce livre de ne révéler ni l’identité, ni le visage de « Nadja ». Par soucis de la protéger, elle et sa famille, il se contente de citer son prénom, Léona, et, au détour d’une page, l’initiale de son nom : Mademoiselle D… Dans un livre où, par soucis de la réalité, la photographie joue un rôle essentiel, il ne dévoile pas ce qui en aurait été l’image capitale : son portrait. Il faudra attendre la réédition de 1963 pour qu’il décide de proposer, à droite de la page où il écrit « Qui étions-nous en face de la réalité, cette réalité que je sais maintenant couchée aux pieds de Nadja, comme un chien fourbe ? » un « montage » photographique de « ses yeux de fougère » qu’il a vu un matin « s’ouvrir sur un monde… », image que l’on pourrait qualifier de « subliminale » : elle permet de la voir , non de l’identifier.
Depuis les recherches de Marguerite Bonnet et de ses collaborateurs des Œuvres complètes de Breton, les quelques biographies qui ont suivi (sans se priver d’y puiser une grande partie de leurs informations, parfois sans citer leurs sources), le précieux petit livre d’Étienne-Alain Hubert et Philippe Bernier, et les travaux de Georges Sebbag (en particulier son livre André Breton L’amour- folie), on sait presque tout sur « Nadja ». Presque. Marguerite Bonnet avait eu un accès illimité aux archives de Breton, donc à tous ses documents concernant « Nadja » : 27 lettres - qui n’avaient pas été déposées à la Bibliothèque Doucet avec l’essentiel des autres correspondances - et de nombreux dessins. Ces lettres sont extraordinaires, les mots de « Nadja » sont extraordinaires. Marguerite Bonnet, respectueuse du testament de Breton, n’en avait publié que quelques extraits, fulgurants : on comprenait mieux pourquoi Breton avait été à ce point subjugué par «Nadja », pourquoi il avait consacré un livre à faire comprendre ce qui en elle l’avait fasciné. Mais Marguerite Bonnet, malgré ses recherches, n’avait pas retrouvé la photographie dont Breton s’était servi (quand ?) pour réaliser le « montage » de l’édition de 1963. Et pour ne pas « raviver la blessure » de ceux que le drame de « Nadja » avait touché en plein cœur et leur éviter des « curiosités inopportunes », elle avait, comme Breton, gardé secrète son identité.
C’est 15 ans après la première Pléiade, et seulement après l’exposition La Révolution surréaliste de 2002 à Beaubourg, qu’elle n’a pas vue, où une salle entière était consacrée à Nadja, qu’intervient Hester Albach, qui déclare ignorer encore tout, ou presque, du surréalisme, d’André Breton et de Nadja. En aménageant son appartement parisien, elle découvre derrière un radiateur un exemplaire de l’édition originale du livre. C’est du moins ce qu’elle écrit. Sans doute une - assez pauvre - invention de romancière. Elle le lit avec passion, en est littéralement envoûtée et se met immédiatement à la recherche de ce que Breton avait tenu à garder secret : le vrai nom de « Nadja ». Son enquête (quelque peu dramatisée dans son livre…) va durer des années, d’autant qu’Hester Albach ignore que les réponses à la plupart de ses questions ont déjà été données par plusieurs personnes, à commencer par cette Marguerite Bonnet, cette rivale dont elle ne se résoudra jamais à écrire le nom… puisqu’elle continue, aujourd’hui encore, à déclarer qu’elle est la première à avoir découvert la vérité ! En suivant avec ténacité toutes les pistes possibles - et impossibles - elle a le mérite de découvrir (dans le catalogue de l’exposition La Révolution surréaliste !) l’imprononçable nom de « Nadja », Léona Delcourt ; réussit à entrer en contact avec une de ses petites filles (une autre que celle qui a vendu ses archives au collectionneur parisien !), qui lui raconte tout ce qu’elle sait sur sa grand mère et met à sa disposition les documents témoignant des étapes du « désastre irréparable » : son interpellation pour trafic de drogue, son arrestation pour démence, son placement d’office du 21 mars 1927 et ses internements successifs jusqu’à sa mort en 1941.
Dans la Pléiade, Marguerite Bonnet donnait déjà la plus grande partie de ces dates, mais sans préciser le contenu de certains documents. Elle n’avait pas en 1988 le droit de le faire. Le dossier médical d’un interné ne peut être consulté ou rendu public que 50 ans après son décès. Hester Albach publie tout, dont ce qu’elle est sans doute la première à avoir obtenu la communication : rapports de police, procès verbaux, rapports d’admission successifs, rapports psychiatriques des médecins. Tous ces éléments sont importants : ils n’apportent pas de révélation à proprement parler, mais confirment l’authenticité de tout ce qui avait été publié sur Léona Delcourt avant ses découvertes… et des informations de Breton. Dans sa préface, l’éditeur de la biographie ne s’en exclame pas moins : « Oui, « Nadja » a bel et bien existé », comme si cette existence était contestable … Il va dans le sens de l’auteur, qui a trouvé ce qu’elle cherchait mais, romancière, se refuse tout de même, contre ce qu’elle-même a contribué à rendre irréfutable, à admettre que l’écrivain Breton ne se comporte en aucun cas en romancier, ne voit ni ne traite « Nadja » comme un personnage de roman, ne lui a pas davantage « donné son nom » qu’il ne lui a prêté « ses propres mots » ni inventé les « menus évènements » qu’il rapporte.
Avoir retrouvé le nom de « Nadja » et les éléments de sa biographie ne suffit pas à la romancière : Dans son désir obsessionnel d’en savoir toujours plus - et, puisqu’elle est partie sur le romanesque, d’utiliser ses découvertes comme matériel pour son livre - elle entreprend (puisque le récit de Breton est une quête, de soi, de l’amour, qui commence par son fameux « Qui suis-je ? ») d’y répondre aussi. Non pour un « récit » ou pour une étude, mais pour une enquête, au sens policier du mot, ce qui, à la très grande différence de l’entreprise de Breton, n’a rien d’indicible. Une mystérieuse libraire, apparemment très informée (encore un procédé romanesque pour cacher l’identité de son véritable informateur ?), lui a communiqué beaucoup de livres (certains venant de « l’Atelier André Breton ») et appris que le « poète » était un homme « à double fond ». « A tel point, commente-t-elle avec l’enthousiasme des nouveaux initiés, que ses exégètes, mus par un besoin irrépressible de clarifier ses ambivalences, avaient été jusqu’à analyser la signification des virgules et des blancs dans l’ancienne et la nouvelle édition du livre. »Une « révélation » de plus qui l’entraîne dans de nouvelles recherches : quel est le « double fond »de cet homme pour qui elle a probablement éprouvé, a priori, une antipathie dans laquelle la lecture des travaux des redoutables féministes américaines et de certaines de leurs émules françaises (elles se reconnaîtront) n’a pu que la conforter ? Sans doute le rend-elle responsable du « désastre irréparable » de « Nadja » : ne détruit-il pas son équilibre fragile en lui avouant sa fascination, en promettant d’écrire un livre sur elle, en s’en faisant passionnément aimer sans pour autant l’avoir aimée lui-même, pour finalement s’éloigner d’elle ? Il est également accusé de lui avoir fait lire un livre aussi dangereux que le Manifeste du surréalisme, dont elle cite un passage célèbre en se demandant si « Nadja » n’aurait pas pu le prendre au pied de la lettre : « Le surréalisme ne permet pas à ceux qui s’y adonnent de le délaisser quand il leur plaît. Tout porte à croire qu’il agit sur l’esprit à la manière des stupéfiants ; comme eux, il crée un certain état de besoin et peut pousser l’homme à de terribles révoltes.»
« La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante »
Quand « Nadja » sombre dans la folie, Breton - selon Hester Albach - ne fait rien pour l’aider. Il a sollicité (en vain semble-t-il) quelques amis médecins mais se contente - toujours selon Herster Albach - d’assister à des séances du médium Pascal Forthuny puis de se retirer en Normandie au Manoir d’Ango pour écrire son livre sur « Nadja » « comme on chasse au grand duc », chasse dont la « proie », suggère encore Hester Albach, ne peut bien sur être que « Nadja ».
Dès leur première rencontre, Breton s’est demandé « Qui est la vraie Nadja ?» Il a commencé par voir poétiquement en elle une « voyante » et un « génie libre », puis la femme qui a pris tous les risques, dont celui de se laisser emporter irrémédiablement par son délire, en cherchant à l’entraîner avec elle. Breton se rend compte qu’il y a danger de mort à continuer sa relation. Cette prise de conscience lui interdit de faire de la femme qui a sombré dans la folie l’objet d’une spéculation romanesque - si tant est que ce genre de spéculation puisse le tenter. Pour Hester Albach, ce serait plutôt le contraire. Alors que Breton se situe délibérément « au-delà de la pratique de la littérature », elle nage en pleine littérature.
« Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme », écrit Breton. La romancière ne se le fait pas dire deux fois. Elle « déchiffre ». Mais à force de voir des énigmes partout et de chercher des « clés », elle finit par mélanger ce qu’elle découvre et ce qu’elle invente. Partie sur la piste du « roman », elle ne s’en détache pas. Elle s’autorise des libertés avec « Nadja » (la personne et le livre), elle est dans l’interprétation, dans la fiction, mais sans le dire, sans se croire tenue de citer ses sources : il est difficile de faire la part du réel et de la fiction. Hester Albach avoue sa vision « très personnelle » de Breton : vision de romancière - douée de beaucoup d’imagination - qui s’est piquée au jeu et qui n’a peur de rien. Le lecteur - s’il n’est pas allergique à cette manière de se servir d’un livre, et de ses personnages, au risque d’en transformer le sens, à des fins romanesques (et sans doute pour sa propre renommée : après tout, elle tient son « scoop » !) - peut prendre un certain plaisir à suivre quelques unes de ses pistes, et même y voir des « révélations » : La plupart - pas toutes - ne résistent guère à l’analyse. L’importance donnée à l’ésotérisme et à l’alchimie est séduisante - mais de prime abord seulement. Certains mots, certains dessins de « Nadja » témoignent, de manière effectivement troublante, de « connaissances » en ce domaine. Breton est le premier à s’en étonner, qui lui demande : « Mais Nadja, comme c’est étrange ! Où prends-tu justement cette image qui se trouve exprimée presque sous la même forme dans un ouvrage que tu ne peux connaître et que je viens de lire ? » Au lieu d’envisager que « Nadja » (qui a sans doute emprunté son pseudonyme à une danseuse connue dans les milieux de la théosophie) ait pu avoir accès à des ouvrages de vulgarisation (comme il n’a jamais cessé d’en exister) et y découvrir ces images et ces phrases (qui participent de son étrangeté et de son délire), Hester Albach, toujours dans son hypothèse de « création romanesque » (« Nadja était initiée à l’hermétique, mais Léona, elle, jusqu’où avait-t-elle pénétré dans cette science ? »), soutient que ce sont ses mots à lui que Breton met dans la bouche de son « héroïne », alors que son intérêt pour l’alchimie ne se manifestera vraiment que longtemps plus tard, à son retour d’exil. L’erreur est aussi de surestimer les connaissances de Breton , de le considérer comme un « initié » et de ne pas comprendre que l’alchimie ne l’intéresse essentiellement que pour des raisons poétique, comme il l’avoue à son ami René Alleau - grand spécialiste en la matière - dans une lettre de 1952 découverte « in extremis » (dans une vente publique de mars 2009, sans doute sur les conseils de l’expert de cette vente, Claude Oterelo, qui avait été, en 2003, l’expert… de « la vente Breton » ) par Hester Albach : « Comment pourrais-je être redevable, et envers qui, de ce qui excède mes moyens ? N’empêche que je ne [supporte] pas si bien d’en être réduit à une appréhension purement poétique des textes alchimiques, beaucoup trop « planée » pour me satisfaire et ne pas [me] laisser mal à l’aise depuis longtemps ». On peut porter au crédit d’ Hester Albach de citer cette lettre (de manière fautive toutefois, cf. nos propositions de corrections entre crochets) qui dit le contraire de ce qu’elle vient de s’évertuer à démontrer. Mais il s’agira de sa part d’une erreur matérielle grossière quand en conclusion de toute sa théorie sur les relations de Breton à l’alchimie, elle lui attribue un texte - non signé - de 1964 pour une exposition « surréaliste » organisée contre lui, à la Galerie Charpentier, texte qui n’est pas de lui. Les premiers commentateurs de Léona héroïne du surréalisme ont beaucoup (trop) insisté sur cette interprétation alors que tous les spécialistes interrogés (ils ne manquent pas, à l’intérieur même du groupe surréaliste) se refusent - parfois violemment, comme Bernard Roger, Jorge Camacho et Alain Gruger (cf. leur déclaration, Nadja trahie, sur ce site) à prendre cette hypothèse au sérieux, eux qui savent que toutes les spéculations sont possibles dans ce domaine et que l’on peut faire dire à un texte alchimique tout et son contraire. Tout aussi contestable est sa volonté d’ « interpréter » systématiquement l’illustration photographique réunie par Breton pour son livre. Elle devrait pourtant tenir compte de la volonté d’«objectivité descriptive » que Breton disait attendre - dans son livre même - de la majeure partie cette illustration. En en exceptant au moins l’image de ses « yeux de fougère » qu’il a vu « s’ouvrir le matin sur un monde où les battements d’ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer ».
Dans la première version de son livre l’auteur, ignorante des dispositions testamentaires de Breton, voulait publier intégralement toutes les lettres de « Nadja » à Breton. Les «inventions romanesques » étaient beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus provocantes et insidieuses, allant de dialogues entre « Nadja » et Breton à un épisode où il était montré « rasant les murs » pour récupérer des « papiers » dans sa chambre d’hôtel après son arrestation. Aube Elléoüet se devait de s’opposer à la publication. Mais Hester Albach n’est pas du genre à renoncer. Elle accepta de ne faire que de courtes citations des lettres, et de paraphraser les plus importantes. Et personne ne pouvait lui interdire de publier les procès verbaux d’arrestation et d’internements ainsi que les dossiers médicaux de Léona Delcourt. La version de son livre finalement publiée par Actes Sud, avec beaucoup de coupures et de remaniements, est moins hostile à Breton. De nombreuses lectures, dont celle des livres de Georges Sebbag et des lettres qu’il cite de Breton à sa femme d’alors, Simone, où il est longuement et gravement question de « Nadja », lui ont sûrement permis de nuancer sa position et de commencer à comprendre plus justement la personnalité du narrateur (il semblerait même, qu’elle se soit mis à l’admirer, qu’il soit devenu son « grand homme » !), et ce qu’est le surréalisme. Au point de faire de Léona Delcourt non plus la victime du surréalisme, mais son « héroïne ? »
Hester Albach aura eu au moins le mérite - même si elle n’est pas la première - de donner un nom et un visage à une femme bouleversante entre toutes. « Nadja » ne saurait être un objet d’affabulation et aucune spéculation, aucun rapport de police ne peuvent, heureusement, avoir de prise sur ce qui reste « un livre et beaucoup plus qu’un livre » : un infracassable noyau de nuit dont toutes les interprétations, toutes les tentatives d’explication ne peuvent être que réductrices. La lecture - insolite, provocante - qu’Hester Albach fait de Nadja a surtout pour effet de donner envie de « revenir » une fois de plus sur un livre inépuisable, encore plus attentivement. C’est pourquoi seulement je n’irai pas jusqu’à dire : « Lisez Nadja - Ne lisez pas Léona héroïne du surréalisme ! »
Dominique Rabourdin
